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Bien-être en ville. Regards croisés nature-santé 12 juin 2014

1er colloque international pluridisciplinaire. Bien-être en ville. Regards croisés nature-santé. Lyon 12-13 juin 2014. Sous le patronage de l’Université Jean Moulin - Lyon 3 et d’ICADE, organisé par le CRGA, composante Lyon 3 de l’UMR EVS et par les Équipes SIS et Magellan.

Bien-être en ville. Regards croisés nature-santé
Au début de ce nouveau millénaire, l’homme est devenu un homo urbanus, comme aime à le dire Jérémy Rifkin (2000). Ainsi, la ville et ses zones périphériques sont plus que jamais l’horizon de vie des Hommes. Dans ce contexte, il apparaît nécessaire de s’interroger sur la manière de faire de la ville un espace de vie amène. Comment faire en sorte que les conditions de vie des citadins, en particulier en matière de transport et de logement, ne se dégradent pas ? Comment éviter la croissance des inégalités socio-spatiales induites notamment par l’augmentation du prix du foncier ? Comment minimiser les externalités négatives sur l’environnement et sur la santé des citadins : promiscuité, congestion, pollution… ? Ces questions sont autant de défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les aménageurs, les acteurs locaux et les politiques. Elles sont toutes liées à la quête du bien-être en ville et d’une certaine manière aux éléments contribuant à la qualité de vie  et à la  santé des citadins. C’est pourquoi, nous avons choisi, lors de ce 1er colloque international sur le bien-être en ville, d’explorer les relations qui se tissent entre la nature et la santé dans la constitution du bien-être des citadins.
Certaines enquêtes nous apprennent que la nature est un élément essentiel du bien-être des citadins (Bourdeau-Lepage, 2013 [1]) et qu’elle possède des vertus thérapeutiques par sa simple présence (André, 2012 [2]). D’autre part, nous savons que la ville est porteuse de risques sanitaires liés à l’altération du milieu et aux nuisances (pollution de tous les milieux : air, eau, sol, toxicité des matériaux, vétusté de l’habitat, radioactivité…) qui peuvent engendrer  des pathologies, dites environnementales, ou fragiliser les états de santé. Ainsi, après le choléra au 19ème siècle, la tuberculose dans la première partie du 20ème siècle, les risques sanitaires aujourd’hui sont les maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires, cancers, allergies …) issues en partie de la dégradation du milieu. Selon l’OMS, en France, il y aurait 30 000 décès prématurés par an imputables à la pollution atmosphérique. De même, les maladies allergiques respiratoires ont doublé depuis 20 ans. 20 % des cancers auraient pour origine des facteurs environnementaux [3]. Ces risques pour la santé appellent donc un « nouvel hygiénisme », que l’on retrouve au cœur des réflexions sur la santé environnementale et la ville durable, dans laquelle la nature peut être sollicitée à des fins sanitaires, par exemple pour réduire les pollutions ou encore diminuer le niveau de stress des citadins.
A cet égard, de nombreuses études montrent l’existence d’une relation entre l'état de santé d'une personne et la proximité d'éléments naturels tels qu'une voie d'eau, un parc, ou un jardin, ce que l'on nomme les "paysages thérapeutiques" (Gesler, 1992 [4]). Roger Ulrich (1984 [5]) démontra comment le fait d'avoir une chambre donnant sur un parc accélère la convalescence des patients hospitalisés après une intervention chirurgicale. Les espaces verts en ville ont des effets bénéfiques sur l'environnement mais aussi sur la santé physique et mentale des citadins. Ils diminuent l’anxiété, le stress, les dépressions et auraient des effets sur les pathologies liées à l’obésité. De plus, les arbres par leur seule présence contribuent à réduire le niveau des polluants dans l’air, à diminuer les effets des îlots urbains de chaleur et la pollution sonore.
Aux enjeux de santé publique soulevés par les réflexions autour de la nature en ville, s’ajoutent également des enjeux en termes de méthodologie et d’analyse de données toujours plus nombreuses. En effet, des premières cartes épidémiologiques produites, il y a 160 ans par le Dr Snow [6], aux nouveaux algorithmes permettant de géo-localiser des informations sur l’état de santé des individus à partir des réseaux sociaux [7], les moyens d’analyser et d’alimenter le débat scientifique dans le contexte de « big data » impliquent de nouvelles échelles spatiales et temporelles à explorer, ainsi que la création d’indicateurs diversifiés et complexes.
Ainsi, s’intéresser aux interactions entre nature et santé en ville dans la constitution du bien-être invite à se focaliser sur plusieurs éléments non exhaustifs, qui pourront constituer autant d’axes de réflexion au cours du colloque :
a) Les effets de la présence de la nature en ville sur la santé et le bien-être des citadins ;
b) Les inégalités sanitaires et environnementales en ville ;
c) Les méthodes, de visualisation et de corrélation spatiale des données sur la santé et la nature en ville dont celles relatives aux représentations cartographiques.

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[1] Bourdeau-Lepage L., 2013, Nature en ville, Métropolitiques, 22 février.
[2] André Ch., 2012, Notre cerveau a besoin de nature, Cerveau & Psycho - n°54 novembre-décembre, pp. 12-13
[3] Selon l’OMS.
[4] Gesler W., 1992, Therapeutic Landscapes: Medical issues in light of the new cultural geography, Social Science & Medicine, vol 34, n° 7, pp. 735-746.
[5] Ulrich R., 1984, View through a window may influence recovery from surgery, Science, vol. 224, pp. 420-421.
[6] Snow J., 1855, On the Mode of Communication of Cholera, 2nd Ed, London, John Churchill, New Burlington Street.
[7] Kautz H., 2013, Data Mining Social Media for Public Health Applications, 23rd International Joint Conference on Artificial Intelligence (IJCAI 2013), Beijing.

Publié ici : http://sites.google.com/site/bienetreenville/
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