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Appel à communications 19 décembre 2014

« Ce que la nature fait aux sciences de la communication (et vice-versa) »

Journée d’études du CERILAC (EA 4410, université Paris Diderot),
en collaboration avec le LCF (EA 4549, université de La Réunion)
Proposée par Joëlle Le Marec (professeur à l’université Paris 7)
et Igor Babou (professeur à l’université de La Réunion)

Dernière semaine de février 2015 à l’université Paris Diderot (la
salle et la date seront précisées ultérieurement, en fonction des
disponibilités)


Appel à communications
>> Appel à contributions <<

Ni l’environnement (pris au sens de l’une des catégories de
l’action publique), ni la nature (au sens des milieux biophysiques
et des êtres, humains ou non, qui les peuplent), n’ont été
constitués comme des thèmes d’intérêt majeurs des sciences de
l’information et de la communication. D’autres secteurs
disciplinaires, en particulier la géographie et la socio-
anthropologie, les ont en revanche construits comme leurs objets
d’investigation majeurs, même si la sociologie ne l’a fait que
très tardivement en France.

L’environnement ou la nature peinent à s’institutionnaliser dans
les sciences anthropo-sociales française : ce phénomène est
maintenant bien connu et documenté, et renvoie aux conditions
historiques et épistémologiques de constitution des disciplines,
qui, sous l’influence de Durkheim et de Saussure, ont assis leur
identité et leur légitimité dans un jeu d’opposition avec les
sciences du vivant. Aujourd’hui que la nature se rappelle à nous
en raison de l’importance des dérèglements d’origine anthropique,
et qu’elle fait l’objet d’une mise en politique et en débat via la
catégorie de l’environnement, elle suscite un regain d’intérêt
pour l’ensemble des thèmes qui lui sont liés : paysages,
patrimoines, développement durable, catastrophes, pollutions,
changement climatique, biodiversité, risques, etc., sont «
construits » - selon le lexique en vigueur – en « problèmes »
sociaux ou politiques.

Les approches constructivistes voient la nature plus comme un
objet de la perception humaine que comme un sujet échappant à
l’emprise de nos rationalités ou de nos affects. Cette conception
de la nature comme un arrière-plan sur lequel se projetteraient
les actions humaines et des catégories sociales et politiques,
constitue cependant elle-même un problème, au plan épistémologique
comme d’un point de vue pratique. En effet, la modernité - si l’on
entend par-là la manière dont le XVIIIe siècle et la philosophie
des Lumières ont fait émerger un sujet humain autonome prenant ses
distance vis-à-vis des dominations politiques et religieuses mais
aussi vis-à-vis de la nature alors constituée comme son Autre
radical -, semble maintenant mise en échec : le mythe d’un progrès
continu des sciences permettant une gestion raisonnée et durable
de la nature ne convainc plus grand monde et subit de multiples
remises en cause, tant au plan académique que dans le débat
public. Or, le constructivisme a été – et reste – en quelque sorte
juge et partie dans ce débat : il renforce l’image d’une
séparation binaire entre Nature et Culture, entre Objet et Sujet,
entre Science et Opinion, etc. Pourtant, il semble bien que les
problèmes environnementaux que nous devons affronter ne sont ni
des illusions, ni de simples représentations sociales sans effet
sur nos vies concrètes, et qu’ils ne se résument symétriquement
pas à l’évolution « naturelle » d’entités biophysiques qui
n’auraient jamais été induites par les sociétés humaines. Dans ces
conditions, comment prétendre contribuer, d’un point de vue
pratique comme au plan théorique, à la réflexion sur des
phénomènes qui sont des hybrides entre Nature et Culture ?

Les sciences de l’information et de la communication, qui ont été
instituées dans le contexte d’un constructivisme triomphant, et
qui ont longtemps prôné une conceptions langagière et sémiotisante
du rapport au monde, peuvent-elles éviter une interrogation
critique et réflexive de leur ancrage dans la modernité ? La
matérialité de la nature, et le comportement peu prévisible des
articulations entre entités biophysiques, collectifs humains et
représentations sociales, ne sont-ils pas des défis conceptuels
majeurs pour une discipline qui a souvent été tentée par des
visions rationalistes et techniciennes du monde ? Symétriquement,
l’ancrage de la discipline dans les problématiques de la
complexité, son appétit pour les articulations d’échelles
d’analyse et sa capacité à mettre en œuvre et à théoriser la
réflexivité, notamment dans le retour sur ses enquêtes, peuvent
être de précieux atouts au moment où les divers constructivismes
fondateurs des sciences humaines et sociales rencontrent leurs
limites.

Les recherches posées en termes de « communication de
l’environnement » sont bien entendu légitimes dans la mesure où
les médias, la publicité, les agences gouvernementales, les
entreprises, les ONG, les acteurs sociaux, les activistes et
militants, etc., se saisissent de questions d’environnement et
alimentent le débat public. Cependant, n’y a-t-il pas un risque,
pour la discipline, de ne voir dans l’environnement qu’un des
multiples items paradigmatiques qu’elle a déjà amplement traités
sous l’ange des « représentations de… » ou de la « communication
de… » ? Si tel était le cas, en sortirait-elle transformée et
renouvelée, ou simplement réassurée dans ses concepts et méthodes,
mais inchangée dans  ses fondements épistémologiques

La question que nous aimerions poser, dans le cadre de cette
journée d’étude, est celle de savoir ce que la nature fait à la
communication, et symétriquement, celle de savoir ce que notre
discipline peut apporter en propre aux problématiques socio-
environnementales que n’apporteraient pas forcément les
disciplines qui s’y consacrent habituellement. Les contributions
attendues se distribueront autour des 3 axes suivants :

-    Une réflexion épistémologique et critique sur les liens
entre communication (la discipline, ou la pratique), modernité, et
enjeux de la matérialité (qu’il s’agisse d’êtres vivants, de
paysages, d’objets, de machines, etc.)

-    Des recherches empiriques (terrains d’enquête et/ou
travail sur corpus d’archives) portant sur la communication de
l’environnement dans les espaces publics

-    Des recherches empiriques (terrains d’enquête et/ou
travail sur corpus d’archives) portant sur la complexité de
dynamiques naturelles et sur leurs interactions avec des jeux
d’acteurs et leurs représentations

Cette journée d’étude est bien entendu ouverte à tout(e) chercheur
et chercheuse ou doctorant(e) en SIC, mais elle est également
ouverte aux autres disciplines des SHS pourvu qu’elles interrogent
soit des questions et objets de communication, soit l’histoire ou
l’épistémologie de la discipline dans ses rapports à la nature et
à la matérialité.

Merci de prendre contact avec les organisateurs aux adresses
suivantes :
igor.babou@orange.fr et jlemarec@neuf.fr

Des propositions rédigées, d’un maximum de deux pages, seront les
bienvenues : merci de nous les envoyer avant le 19 décembre 2014,
en indiquant vos rattachements institutionnels. Elles seront
sélectionnées par les organisateurs en fonction de leur cohérence
avec l’appel et de leur pertinence scientifique.

Les dates précises retenues pour la journée d’étude seront
communiquées ultérieurement. Celle-ci aura lieu à l’université
Paris 7, durant la dernière semaine de février 2015, en fonction
des disponibilités des intervenants.

Voir ici : http://igorbabou.fr/ce-que-la-nature-fait-aux-
sciences-de-la-communication-et-vice-versa-appel-a-contributions/